Aimer ne veut pas dire sauver
Il y a des amours d'adolescence qui sont des collisions — deux personnes brisées qui espèrent que l'impact les recollera. Aimer ne signifie pas sauver. Aimer signifie choisir d'avancer ensemble — chacun debout sur ses propres pieds.

Il y a des amours d'adolescence qui ne sont pas de simples flirts. Ce sont des collisions — deux personnes brisées qui se percutent, espérant que l'impact les recollera. Si tu as aimé quelqu'un d'aussi abîmé que toi, tu sais qu'aimer ne suffit pas toujours à sauver. Ni l'autre, ni toi-même.
Les blessures qui s'attirent
Quand tu es abîmé, tu reconnais les abîmés. Pas consciemment — instinctivement. Tu es attiré par ceux qui portent les mêmes fissures, les mêmes silences, les mêmes regards qui sourient en surface et hurlent en dessous. Tu crois trouver un miroir. Tu crois trouver quelqu'un qui comprend sans que tu aies besoin d'expliquer.
Mais deux miroirs face à face ne créent pas de la lumière. Ils créent un tunnel infini de reflets — chaque blessure renvoyée, amplifiée, multipliée. Tu ne guéris pas l'autre, et l'autre ne te guérit pas. Vous vous tenez debout ensemble, certes — mais sur un sol qui tremble sous vos deux poids.
Celle qui s'accroche
Il y a des gens qui aiment comme on se noie — en agrippant tout ce qui passe. Pas par égoïsme, mais par terreur. La terreur d'être abandonné encore une fois. Chaque nouvelle relation est un test : est-ce que celui-là aussi va partir ? Et quand la réponse arrive — par un silence, un regard qui change, une distance qui s'installe — c'est le gouffre. Pas une tristesse. Un effondrement.
Quand tu es adolescent et que tu vois quelqu'un s'effondrer à ce point, tu ne comprends pas. Tu crois que c'est de ta faute. Tu te dis que si tu avais été meilleur, plus présent, plus aimant, ça ne serait pas arrivé. Mais non. Cette douleur existait bien avant toi. Et elle existera bien après.
Celle qui repousse
Et puis il y a l'inverse. Celle qui dit "si t'es pas content, la porte est ouverte". Celle qui n'a jamais peur de te perdre — ou qui fait semblant. Qui te met à l'épreuve en permanence, qui te pousse dehors pour vérifier si tu reviens. Pas par force — par peur. La même peur que l'autre, exprimée dans le sens opposé.
Elle rejette avant d'être rejetée. Elle attaque avant d'être blessée. Ses mots froids et ses silences calculés ne sont pas de l'indifférence — c'est une armure. Et derrière cette armure, il y a une solitude immense que personne n'a le droit de voir.
Entre celle qui s'accroche et celle qui repousse, tu apprends que la peur de l'abandon prend mille visages. Et qu'aucun d'entre eux ne se guérit avec un "je t'aime" prononcé à quinze ans.
